"La culture n'est pas quelque chose à part dans la société, pense John Ralston Saul"
L'Acadie Nouvelle, 2 mai 2007
John Ralston Saul propose de repenser l’organisation de la société en plaçant la culture au centre de celle-ci.
Ce penseur et intellectuel canadien qui vit à Toronto a écrit plusieurs essais sur l’évolution de la société canadienne et occidentale. Invité à l’occasion du 30e anniversaire de la Fédération culturelle canadienne-française, John Ralston Saul prononcera le discours d’ouverture du Grand rassemblement des États généraux des arts et de la culture, ce soir, à l’agora du Complexe industriel à Caraquet. Au cours de l’histoire, les sociétés qui ont démontré une stabilité et une grande force ont toujours vu la culture comme étant un moteur important partout dans leur organisation, soutient M. Saul.
« Il faudrait qu’on casse, et c’est spécialement important pour les minorités comme les Acadiens, cette idée que la culture est quelque chose à part. Et ça, c’est un vrai problème parce que la culture n’est pas simplement une spécialité que nous faisons juste le week-end ou entre 6 h et 8 h le soir », déclare en entrevue John Ralston Saul.
À son avis, la culture n’appartient pas qu’aux artistes, comme la santé n’appartient pas qu’au médecin. L’intellectuel ne pense pas que le problème soit en premier lieu politique. M. Saul vise plutôt l’éducation. Est-ce qu’on lit suffisamment dans les écoles, est-ce que la culture est vraiment intégrée où elle est mise à part comme partout au Canada? En rencontrant des élèves d’une école, John Ralston Saul peut savoir si la bibliothèque est ouverte tout le temps et s’il y a un bon budget pour les livres. « Quand c’est le cas, les jeunes parlent avec des phrases entières et il y a du contenu dans les discours. Moins les bibliothèques marchent dans les écoles, plus le discours est fracturé », affirme-t-il.
M. Saul s’en prend aussi aux universités canadiennes, francophones et anglophones qui offrent de moins en moins une éducation sociale et culturelle complète.
« Par exemple, on dit pourquoi les docteurs parlent toujours de l’argent qu’ils gagnent, c’est en partie parce que toute l’idée d’un docteur que l’on se faisait à la fin du 19e siècle, c’est-à-dire une personne en avant de la société, qui se bat pour la justice, n’existe pratiquement plus. »
Seulement 1% de l’ensemble du budget de la santé publique nationale est dépensé pour la prévention. D’après M. Saul, il s’agit là d’un problème culturel.
Enfin, John Ralston Saul a confiance en les minorités culturelles.
« Les majorités sont plus endormies, elles ont trop de confiance, elles sont sûres qu’elles ont le pouvoir et à un certain niveau, elles pensent que c’est un peu naturel, tandis que les minorités sont des gens qui savent que c’est plus dur, qu’il faut faire plus d’effort et se réveiller plus tôt le matin. Ça, c’est une énorme force », ajoute John Ralston Saul, qui estime que l’on traverse en ce moment une période de remontée des cultures régionales et nationales.
- Sylvie Mousseau
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