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Croquis au noir: Dix-sept nouvelles grinçantes et désopilantes de John Saul
Josyane Savigneau, Le Monde (Paris), 11 août 1994
Si vous avez la dent dure, si les parvenus, m’as-tu-vu et autres nouveaux riches vous gâchent le paysage, si vous êtes snob (vraiment) et un rien cynique, vous êtes le lecteur estival idéal des dix-sept récits que John Saul a réunis sous le titre De si bons Américains.
Pendant qu’il écrivait un gros essai, les Bâtards de Voltaire – 656 pages sur « la dictature de la raison en Occident » - John Saul, Canadien à l’esprit extrêmement britannique, écrivait « pour se délasser » ces croquis, tantôt grinçants, tantôt désopilants, parfois tranquillement cyniques. Des récits à l’humour pincé et souvent très noir. On y croisera, entre autres, une vieille dame riche méprisant les serveurs de restaurant, mais laissant « transparaître, sous les apparences de la New-Yorkaise huppée de L’East Side, les traces d’origines sociales qui n’étaient pas aux antipodes de celles du garçons » ; une femme de Denver dont le fils s’est empoisonné avec le gâteau qu’elle destinait à son mari; un homme qui meurt de trop suivre les fâcheuses habitudes alimentaires de sa femme; une princesse un peu niaise épousant un patron de night club trop gras…et beaucoup de dictateurs, que le narrateur rencontre, inopinément ou presque, dans le monde entier.
Le narrateur, justement, parlons-en : bien qu’il prétendre (dans « Le narrateur prend le temps de la réflexion ») régler son compte au lecteur imbécile qui voudrait le confondre avec l’auteur, ce personnage raffiné, promenant à travers le monde une curiosité légèrement hautaine n’est pas sans points communs avec John Saul lui-même. Voici deux hommes pareillement observateurs, lucides, impitoyables sous des dehors très policés, trop civilisés pour cette fin de siècle où la vulgarité s’exhibe avec l’indécence du contentement. Deux hommes, ou le même, peu importe, pour composer ces dix-sept textes qui n’en font qu’un : un savoureux roman, d’une méchanceté revigorante.
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